Plus aucun oeuf, c’est meilleur pour l’environnement!

10-04-2019

En avril dernier, l’une de nos volontaires nous a envoyé une photo prise à la Gare Centrale d’Anvers, montrant un grand moule ovoïde contenant 15.000 oeufs blancs, surmonté d’une grande bannière avec le slogan « Tu sauves la planète en mangeant un oeuf blanc ». Un message vraiment à double sens, comme si manger des oeufs était bon pour l’environnement.

Le nouveau programme de la VRT « Factcheckers » veut – selon ses propres dires – « séparer le vrai du faux » et leurs journalistes vérifient donc le bien-fondé des nouvelles qui nous arrivent chaque jour. Ici, ils l’ont fait en prétendant que les oeufs blancs seraient donc meilleurs pour l’environnement que les oeufs bruns.

Géén eieren zijn beter voor het milieu

La question qui n’est pas posée

L’année dernière, l’émission « De Keuringdienst van Waarde » avait mené une enquête semblable aux Pays-Bas.

Selon une  hypothèse, les œufs blancs se vendent moins bien que les bruns parce que les gens les associent à l’élevage industriel en batterie et aux poules enfermées dans des cages, les œufs bruns étant, eux, associés à des poules élevées en plein air ou bio. Selon une entreprise néerlandaise, cette idée serait liée au fait que les premiers œufs élevés en plein air étaient bruns et étaient plus faciles à distinguer (dans les étalages) que les œufs blancs habituels.

Une poule à oreillons blancs (la partie charnue du lobe située sous le conduit auditif) pondra des œufs blancs et une poule ayant des oreillons rouges aura des œufs bruns. Par ailleurs, une poule avec des oreillons blancs pondrait plus d’œufs, serait productive plus longtemps et mangerait 7 grammes de moins par jour. Selon les Factcheckers, le passage aux œufs blancs en Belgique pourrait ainsi réduire les émissions de CO2 de 8.868 tonnes.

Il est dommage que l’équipe de reportage se soit rendue dans un élevage de plus de 135 000 poules et que jamais n’ait été posée la question de savoir si « cela » était bon pour l’environnement… ou pour les poules… Les « Factcheckers » ont aussi demandé aux supermarchés de placer dans les rayons des oeufs blancs à côté des bruns. 

Bref, tout cela ressemblait davantage à une campagne de promotion des œufs qu’à tout autre chose.

Les oeufs blancs seraient-ils donc meilleurs pour l’environnement que les bruns ? 

Les œufs blancs sont meilleurs pour l’environnement que les œufs bruns. Mais on peut tout de même se poser des questions. Une étude publiée dans Science, estime en effet que pour produire 100 grammes de protéines d’œuf, 4,2 kg de CO2 et 5,7 m3/an sont émis. Pour les légumineuses, les pois et le tofu, cela varie de 0,4 à 2,0 kg de CO2 et de 2,2-3,4 m3/an ! Les pois émettent donc environ 10 fois moins de CO2 que les œufs.

Ne serait-il pas préférable que la VRT lance plutôt un appel pour remplacer les œufs par d’autres sources de protéines comme les pois ? Ou qu’un message d’intérêt général incite chacun.e à adopter une alimentation végétalienne ?

Dans une méta-analyse parue dans la revue Environmental Research Letters, nous constatons aussi que les œufs produisent 2 grammes de CO2 par kcal. Si l’on prend une moyenne pour les légumes, les fruits, le riz et les céréales, ceux-ci ne produisent que 0,5 gramme de CO2 par kcal. En d’autres mots, les aliments d’origine végétale émettent jusqu’à 4 fois moins de CO2, nécessitent 4 fois moins de surface terrestre et d’énergie et réduisent de ¾ la pollution de l’eau par eutrophisation, par rapport aux œufs.

Les oeufs blancs sont-ils meilleurs pour les animaux ? 

Bien évidemment que non ! Car les poules continueront d’être exploitées comme de simples machines à produire des œufs, seront toujours enfermées dans des hangars trop exigus sans avoir jamais la possibilité d’adopter un comportement naturel et elles seront purement et simplement éliminées lorsqu’elles ne pondront plus assez d’œufs.

Rien qu’en Belgique, plus de 52 millions de poussins naissent chaque année pour devenir des poules pondeuses. La moitié d’entre eux sont des mâles qui ne pourront jamais pondre d’œufs. Chaque année, ce sont donc 26 millions de petits coqs qui sont gazés ou déchiquetés….

Ces animaux « sans valeur » sont tués dès leur premier jour de vie parce qu’ils ne peuvent être utilisés ni pour la production d’oeufs ni pour leur viande. En effet, en fonction de leur « utilité » pour l’industrie, les poulets de chair sont sélectionnés et élevés pour grossir le plus rapidement possible et les poules pondeuses doivent, elles, être capables de pondre autant d’œufs que possible.

Les poules pondeuses se font couper le bec sans anesthésie, ce qui provoque des douleurs chroniques. 

Par la suite, elles passeront toute leur vie, pour la très grande majorité d’entre elles, dans des poulaillers sombres, sans lumière du jour ni air frais, sans liberté de mouvement et sans possibilité de prendre un bain de poussière ni de construire un nid. 

Après environ 15 mois, les poules produisant moins d’oeufs sont transportées à l’abattoir pour être transformées en produits carnés bon marché et en aliments pour chats, alors même qu’elles auraient pu vivre, dans des conditions normales, jusqu’à plus de 10 ans, selon la race.

Les poulets sont parmi les animaux les plus maltraités de la planète et pourtant, comme les animaux de compagnie, ce sont des individus qui ont chacun leur propre caractère. Dans la nature, les poules communiquent avec leurs poussins pendant qu’ils sont encore dans l’œuf et ceux-ci reconnaissent et comprennent leur mère à la naissance. Les poulets sont très sociables et tissent entre eux des liens d’amitié forts. Les poussins apprennent par l’observation, ce qui permet aux parents de transmettre leurs connaissances à leurs enfants. Mais cette vie-là, les poules et les poussins utilisés dans la production d’œufs et de viande ne la connaîtront jamais….

Il vaut donc mieux ne pas manger d’œufs et adopter un mode de vie végétalien, pour l’environnement, pour nous et, bien entendu, pour les animaux eux-mêmes.